Le facteur
2017
De voir comme sont motorisés de nos jours les préposés de la Poste, cela me fait penser aux pauvres facteurs d’autrefois qui avaient fort de mérite d’aller porter, pendant l’hiver le courrier et les calendriers à travers champs et chemins engorgés avec de la boue jusqu’aux genoux.
L’été, ça pouvait aller ! S’il faisait trop chaud, il y avait toujours moyen de maîtriser la transpiration ; les gens de par ici sont si braves ! Le pichet de vin blanc toujours sur la table pour les gens de passage et, en premier pour le facteur. Quelque fois, certainement chacun connaissait une petite histoire, une blague qui finissait par couillonner le brave préposé ! Un jour de grande chaleur, la tournée terminée, le facteur s’en revenait chez lui, la bicyclette à la main.
Le pauvre homme n’arrivait pas à marcher droit ; il croisait les jambes et il faisait de tels écarts d’un côté à l’autre du chemin qu’aucune vache de course n’aurait pu arriver à l’encorner. La bicyclette, bonne compagne, le soutenait tant qu’elle pouvait pour l’empêcher de trébucher.
Mais le chemin était long, le soleil se couchait et l’obscurité s'étendait aux alentours. L’homme essaya de se jucher sur la selle : une, deux, trois fois, rien à faire ! En levant la jambe un dernier coup, il laissa échapper l’outil qui tomba dans un bruit de ferraille. Alors, il se ramasse, se remet debout comme il peut et s’écrie : «Ah, grande garce ! tu ne veux plus me porter ? Alors, crève ici si tu veux ; je m’en reviens à pied tout seul ! ». Et d’un coup de pied, il pousse la bicyclette dans le fossé.
L’histoire ne dit pas, si une fois à jeun, le lendemain matin, le facteur a refait la paix avec son innocente monture !
Le savetier et le financier
Un savetier chantait du matin au soir.
C’était un plaisir de le voir, aussitôt sauté du lit
Et plaisant de l’entendre. Il faisait des passages
Plus heureux que les sept sages.
Son voisin au contraire comme il était cousu d’or,
Ne chantait pas, et dormait peu.
Il était un homme de finances.
Lui, au petit matin aussi bien somnolait,
Le savetier content, vite le réveillait.
Et notre financier aurait voulu, par chance,
Acheter le dormir au marché,
Comme la boisson et le manger.
En son château il fit venir l’artisan.
«Dites, brave Grégor, combien gagnez-vous par an ?
Par an ? Ma foi, monsieur, lui dit en souriant,
Le fort savetier, je ne puis pas vous dire !
Je ne compte pas ainsi,
Et la pile n’est pas bien forte !
Elle me suffit d’attraper sans mal le bout de l’an !
Chaque jour porte son pain !
Alors vous me direz ce que vous gagnez par jour,
Tantôt plus, tantôt moins. Le mal est que toujours
(Sans cela, les journées seraient honnêtes)
Le mal est que nous nous ruinons avec toutes les fêtes !
L’une fait tort à l’autre. Souvent monsieur le curé
Invente un nouveau saint, qui suit le précédent ! »
Le financier sourit à ce brave homme.
« Je vais vous placer aujourd’hui sur un trône !
Je vous donne cent écus ! Allez à la maison.
Il vous faudra les ranger. Vous en aurez bientôt besoin ! »
Le savetier crut voir tout l’argent
Que la terre a donné pour servir les gens !
Il s’en revient à la maison. Y fait l’enterrement
Des écus, et aussi, de son contentement.
Aucune chanson ! Il perdit les heures bien sereines,
Du moment qu’il gagna la cause des peines !
Le son quitta sa maison.
Le mauvais sang devint son compagnon.
Le jour, il veillait,
Et si la nuit, un chat sautait,
C’était l’argent qu’il avait volé !
A la fin le pauvre homme
Galopa vers celui qui n’aimait pas les bruits,
«Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon sommeil.
Je vous rapporte les cent écus ! ».
Moralité
Si pauvres vous êtes nés,
Il vous faut en rester !
Si pour votre malheur, vous gagnez un sac d’écus,
Vous n’aurez que des tracas, pour les conserver !
La confiture aux cochons
A notre ami Jean
Il s’en est parlé longtemps de cette affaire. Aujourd’hui, c’est loin…
Ceci s’est passé à Bordères (65) après la naissance des jumelles chez Alphonse. Je vais vous raconter cette affaire.
Quand tout fut terminé, les voisines s’en retournèrent, chacune, chez elles. Thérèze savait qu’elle devait aller faire manger les porcs parce que son homme ne le fait jamais.
L’après midi, qu’avait-elle fait cuire ?
Un chaudron de confiture, qui une fois cuit, elle l’avait placé à gauche du foyer (de la cheminée) pour faire cuire un autre chaudron de pommes de terre pour les cochons.
Une fois cuites, elle l’avait retiré du feu et posé à droite, pour le laisser refroidir.
Quand arriva son homme, il s’empressa, tout heureux, d’avancer son travail…
Sa femme est revenue…
- «Je t’ai soigné les porcs. »
- «Et que leur as tu donné ? », lui demanda Thérèze qui venait de voir le chaudron de pommes de terre.
- «j’ai pris le chaudron qui était là-bas, j’y ai versé une grande casserole de farine, que j’ai mélangé avec le bàton puis j’ai versé le tout dans la mangeoire. »
Il n’eut pas le temps de dire un mot de plus, le ton changea du tout au tout.
- «Vaurien, tu es plein ou quoi ! N’as-tu pas vu ce chaudron à côté de la porte ? Aller chercher celui de la confiture ! »
- Thérèze criait comme un chien fou, gagnée par une colère pas piquée des vers ; elle était un peu de la peau de Mahomet et, la connaissant, le voisinage arriva pour aider le pauvre homme qui avait fait cette bêtise : « Donner de la confiture aux cochons !»
Il s’en parla longtemps de cette affaire ; aujourd’hui, elle est bien loin…
Du pied de la Vierge en bronze de Lagarrigue
Quand les pèlerins, il y a un an , en pompe emplirent d’étoiles
Le berceau de la Vierge aimée,
Un long bourdonnement aussitôt resplendit
Dans toute la France allumée ;
Chaque ville s’illumina ;
Et la nôtre mieux qu’aucune autre,
Se faisant un fronton de guirlandes de feu.
Les étoiles partout furent embrumées ;
Elles semblaient éteintes ;
Ou plutôt qu’au milieu d’un nouveau miracle,
Pendant cette nuit d’éclairages,
Un grand retournement s’était fait dans les airs…
Et la terre était le ciel !
C’est que la Vierge nous est chère ;
Nous la prions chaque jour aux sonneries de l’Angélus ;
Au fond de nos cœurs à la première place
Au côté de son fils Jésus,
Parce que son amour nous garde de l’au-delà en haut.
Bonne Reine du ciel, mère de Dieu pleine de piété,
Pour apaiser son Fils elle s’est faite notre mère,
Dieu souvent est sévère, elle ne l’est jamais ;
Elle nous écoute toujours, elle est toujours aimante,
Et sa fontaine de bonté est tant, tant abondante,
Qu’assidûment coule, coule… et ne l’augmente que davantage !
(la Vierge dans ses qualités)
Pour l’esprit et pour le cœur, pour le jeune aussi pour le vieux,
Il la faut dans l’ancien monde… aussi dans le nouveau :
Attristés, elle nous rend joyeux… aveuglés, elle nous éclaire
Entraînés, elle nous retient ; toujours, la larme à l’œil ;
Là haut, près de son Fils, elle est notre avocate ;
Et son double amour fait que la terre pécheresse
Vit presque en paix avec le ciel !
.